Jeunes avec Fillon : un mouvement à deux vitesses

Lundi 6 mars au soir, les Républicains ont finalement décidé de faire corps derrière François Fillon. Après un mois d’incertitude, le candidat se maintiendra coûte que coûte. L’unité est à l’ordre du jour chez les ténors du parti. Mais qu’en est-il chez les étudiants militants ? Les jeunes soutiens de François Fillon répondent-ils au rassemblement et à l’unité réclamée par le comité politique des Républicains ? De la frange militante la plus libérale à la plus conservatrice : rencontres avec ces jeunes engagés pour François Fillon.

« Obstination ». Ecrit en capitales sur le tableau Velléda, c’est le mot que Thomas Chevalerias a voulu faire deviner à ses camarades de l’UNI au jeu du pendu. Le local du syndicat étudiant de droite du campus Montaigne Montesquieu n’est pas très grand. Deux drapeaux français et une cible dessinée au feutre, un sticker de l’UNEF, son ennemi historique, collé pas loin. Pull bleu marine Vicomte Arthur, Thomas est le responsable de l’Union nationale inter-universitaire (UNI) Bordeaux. Leo Cousin et Ulysse Debien, y sont adhérents et l’accompagnent. Tous les trois 20 ans, étudiants en droit. Leur première présidentielle.

Ulysse Debien, Léo Cousin et Thomas Chevalerias dans les locaux de l’UNI de l’université Montaigne-Montesquieu, à Bordeaux. Crée en 1968 pour prendre le contrepied des mouvements étudiants, il s’agit du principal syndicat de droite.

« Je vais être honnête, c’était moi qui tractais pour Alain Juppé avant le second tour des primaires », commence Thomas. Paradoxal pour celui qui organisait le 16 février le lancement des « Etudiants Gironde avec François Fillon » chez Auguste place de la Victoire à Bordeaux. « Il y a toujours eu plusieurs droites. Après, à l’UNI on a dit qu’on soutiendrait le candidat élu à la primaire. » explique-t-il. Le Pénélope Gate ? « On est étudiants en droit », rappelle Léo.« Tout ce qui est avancé : ce sont des éléments qui sont légaux, connus. C’est comme si on demandait à quelqu’un demain : pourquoi vous touchez votre salaire ? ». Thomas répond: « C’est le côté moral, la parole de l’homme qui a été mis en jeu. Mais bon pour moi, y a un coup monté derrière ». Tous trois « amoureux de l’histoire », les valeurs traditionnelles portées par le candidat Les Républicains leur plaisent : « Fillon, c’est la France du Général de Gaulle ».

Thomas Chevalerias, 20 ans est responsable de l’UNI à Bordeaux. Il a attendu ses 18 ans pour s’engager chez les Jeunes Républicains et au sein de l’UNI 

Selon Thomas, pas de litiges internes lors du ralliement à François Fillon de Sens Commun, sorte de Tea Party à la Française issu de La Manif pour tous. « J’étais un soutien d’Alain Juppé, la Manif pour Tous et Sens Commun c’est pas vraiment ma tasse de thé et je suis catho hein », reconnaît-il. « Mais, maintenant, aujourd’hui, la droite c’est ça. » Les trois militants n’hésitent pas à se revendiquer comme la frange de gauche du syndicat étudiant. Avant de soutenir un candidat, ils soutiennent les valeurs de leur parti politique.

« Génération Sarkozy »

Pour ces adhérents aux Jeunes Républicains, les élections présidentielles de 2007 ont été une révélation. Si leurs familles respectives ne sont pas encartées, à 9 ans, leur choix est fait : ça sera Nicolas Sarkozy. « C’est un tribun, il a le pouvoir d’extrêmement bien parler », explique Thomas tandis que, derrière lui, Léo répète « 2007 » avec nostalgie. Nicolas Sarkozy en 2007, une raison de l’engagement des fillonistes d’aujourd’hui? C’est aussi le cas pour Martin Rigou, 22 ans et responsable des « Etudiants Gironde avec François Fillon ».«Sarkozyste à la base» il s’est ensuite placé derrière François Fillon. Pas de doutes, plus qu’un candidat c’est la droite que ces jeunes LR veulent défendre en militant pour François Fillon.

De l’UNI à la marche pour la vie 

Depuis, Paris, Amanda Guénard répond aux questions par téléphone. Auparavant, la jeune militante était étudiante à Bordeaux en droit privé et en certificat de Sciences criminelles. Aujourd’hui déléguée nationale de l’UNI, elle suit ce cursus à distance pour assister à tous les meetings de son candidat. Parents apolitiques, père athée, mère musulmane. Pour elle aussi : première présidentielle. Pour elle aussi, Nicolas Sarkozy a été un coup de coeur. Si ses camarades de l’UNI à Bordeaux font toujours confiance aux médias, Amanda se tourne vers Valeurs Actuelles « le seul média qui est proche de la réalité de la campagne ». Présente la veille au rassemblement pour François Fillon place du Trocadéro, elle dénonce les informations relayées par les médias: « On n’était pas 30 000. Impossible ! Je ne pouvais plus bouger. On était au moins 130 000 ».  Dans un milieu universitaire ancré à gauche, entre jeune et être de droite c’est possible. L’étudiante qui soutenait Alain Juppé lors des municipales de 2014 a fait le choix de François Fillon pour les primaires de 2016. Aujourd’hui elle est adhérente à Sens Commun : « un mouvement jeune et hyper dynamique avec une volonté incroyable ». D’Alain Juppé à François Fillon : Amanda Guenard a participé à la « Marche pour la vie » de janvier qui dénonce l’IVG (l’interruption volontaire de grossesse).


C’est en effet, vers la droite traditionaliste et particulièrement vers Sens Commun, qu’il faut se tourner pour trouver de jeunes fillonistes convaincus. Le mouvement créé en 2013 issu de la Manif pour tous a annoncé son soutien à François Fillon lors de primaires.

Sens Commun : un soutien majeur

Chez Auguste, place de la Victoire Gaspard Loubaton et Francisque Pays dégustent un tartare arrosé d’une pinte de bière blonde. Les deux étudiants de 20 ans ont lancé en décembre l’antenne Sens Commun à SciencesPo Bordeaux. « Dans une université majoritaire à gauche, on a encore plus eu envie de défendre nos idées » explique Gaspard.

 

 

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Gaspard Loubaton à gauche et Francisque Pays à droite ont crée l’antenne Sens Commun à SciencesPo Bordeaux en décembre 2016. L’équipe composée de six membres avait alors reçu un accueil mitigé. Ils voteront pour leur première présidentielle.

Pour leurs première présidentielles, ces soutiens de la Manif pour tous ont choisi François Fillon. Et ils le défendent corps et âme. « On peut être jeune et conservateur. Le premier souci d’un conservateur n’est pas d’être immobile. C’est avoir comme but premier de préserver des fondamentaux, des principes sur lesquels notre société est basée. » Pour ce catholique et ce protestant pratiquants, la Famille incarne la structure cellulaire de notre société. La loi sur le mariage homosexuel s’ancrait d’ailleurs, selon Gaspard, dans une logique de marché. En déstructurant la cellule familiale, il y aura plus de familles et donc plus de consommateurs. Francisque et Gaspard considèrent que la Théorie du genre est bien présente dans les manuels scolaires. « François Fillon a des idées proches de Sens Commun, sur la filiation ou encore sur l’économie », explique Francisque. A nouveau, l’image gaullienne de la France revient. « Faire corps, faire nation », le jeune homme se prend même à citer Jaurès. Pour les deux militants, François Fillon incarne une droite de valeurs, celle du RPR, parti politique disparu en 2002, ils avaient alors 5 ans.

Qui sont finalement ces jeunes militants, soutiens de François Fillon ? La partie la plus libérale d’entre eux se range derrière le candidat républicain pour défendre la droite. Elle milite finalement pour le parti LR, ses valeurs, et pas vraiment pour l’homme. La frange plus traditionnelle et conservatrice, elle, défend le candidat, qui peut porter ses valeurs au pouvoir en avril prochain. « Les gens confondent patriotisme et nationalisme. Le chef qui sort de sa primaire est légitime» conclut Gaspard.

Constance Vilanova