Parrainages : dernières nouveautés, nouvelles tensions

Depuis le 25 février, la chasse aux parrainages en vue des élections présidentielles est ouverte. Les candidats ont jusqu’au 17 mars pour réunir les 500 signatures nécessaires pour briguer le poste suprême, inaugurant les nouvelles règles mises en place par la loi du 25 avril 2016. Pas vraiment un parcours de santé, même pour les têtes d’affiche, mais un véritable chemin de croix pour les plus confidentiels…
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Le système des parrainages serait-il toujours en plein rodage ? Au regard du lot de polémiques qui accompagne leur publication, il semble que quelque chose cloche. En cause, un remaniement du fonctionnement qui crée la polémique : toujours 500 parrainages requis, et tous sont rendus publics. L’objectif ? Rendre transparent tout soutien, éviter la dissimulation électorale.

Le problème, c’est que pour les petits candidats (Philippe Poutou ou Pierre Larrouturou, entre autres) et leurs petits partis (NPA, Nouvelle Donne, entre autres), cette mesure rend la tâche irréalisable. Car réunir les 500 précieux soutiens auprès des élus nationaux, communaux, intercommunaux ou européens est déjà très délicat, dans la mesure où leur implantation à différentes échelles reste limitée. En plus de cela, il faut désormais ajouter la nécessité d’afficher son affinité à ce genre d’outsiders, qui peut rebuter un grand nombre d’élus et aboutir à des pressions politiques de la part des partis plus institutionnalisés.

Cette aspiration toujours plus grande à la légitimation des candidats biaise la procédure, dans la mesure où ceux qui sont privilégiés, se sont les plus visibles, les plus médiatisés. Augmenter le nombre de parrainages nécessaires peut sembler probant, mais dans ce cas précis, il s’agit surtout d’assommer les plus faibles – pourtant souvent les plus impliqués et les plus légitimes.

De plus, le début du démarchage, initialement programmé au 23 février a été reporté au 25 février, tandis que la date butoir, elle, reste fixée au 17 mars. La réduction de cette période pour le moins stressante, due au déplacement de Bernard Cazeneuve en Chine, n’a pas manqué de provoquer la colère des candidats à la présidence. Pour les plus vulnérables, c’est coup dur sur coup dur.

Et ça ne s’arrête pas là : au premier débat du 20 mars, diffusé sur TF1, ne seront conviés que les 5 favoris. Ceux qui n’ont pas su distinguer dans les sondages ne seront tout simplement pas de la partie. Là encore, c’est la médiatisation qui joue davantage que l’implication. Toujours pas de légitimation en vue. Les petits candidats sont parqués, éloignés des projecteurs, forcés à rester dans l’ombre, et à quelle fin ? Des fins d’audience.

La règle qui prime, dans ce système du soi-disant plus méritant, c’est finalement la censure. Car cerise sur le gâteau : les publications assurées par le Conseil constitutionnel, qui met en ligne deux fois par semaine les listes normalement complètes et à jour des parrains, tait certains noms. Le 3 mars, à l’issue de l’annonce du nombre de soutiens supplémentaires, tout semble correct pour la plupart des candidats. Mais la plupart seulement : Philippe Poutou et François Asselineau (UPR) constatent que leurs nouveaux parrainages n’ont pas été ajoutés. Une nouvelle occasion pour ce système d’apparaître davantage comme un étau que comme un tremplin.

Récapitulatif des parrainages publiés sur le site du Conseil constitutionnel

Sacha Rosset