Le héros congolais qui « répare » les femmes

Dans son documentaire, Thierry Michel dévoile le travail accompli par le docteur Mukwege dans l’Est de la République Démocratique du Congo. Le viol y est utilisé comme arme de guerre, et dans son hôpital, le médecin affronte cette brutale réalité. Des actes que le réalisateur a décidé de présenter sans détour aux spectateurs du Festival International du Film d’Histoire de Pessac.

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« Leurs corps blessés, leurs coeurs brisés, leurs esprits détruits avaient besoin d’être guéris, consolés, restaurés ». Les mots de Denis Mukwege témoignent de la cruauté du viol en temps de guerre. Ils révèlent aussi la difficulté à se reconstruire pour les femmes et les enfants qui en sont victimes.

Le médecin Mukwege les « répare » physiquement. Il s’est spécialisé dans la chirurgie reconstructrice gynécologique, qu’il a apprise à Angers, en France, dans les années 1980. L’homme Mukwege, imposant, les écoute, les console. Et surtout, il s’engage. Il dénonce ces actes aux tribunes des organisations internationales, à l’ONU, au Parlement Européen. Quand il revient à Bukavu, dans l’hôpital de Panzi, il est accueilli en « héros » par toutes les femmes qu’il a soignées.

 

Tout au long du documentaire, des femmes, des enfants témoignent. Le spectateur les voit pleurer en racontant leur histoire. Il les voit chanter, danser mais aussi accuser. Lors d’une réunion publique, l’une d’entre elles lance : « Vous, les hommes, vous nous faites du mal ! »

La force des témoignages s’impose au spectateur mais pas seulement. Le réalisateur, Thierry Michel, a été bouleversé : « Le plus difficile, c’était d’encaisser les témoignages. Pour l’ensemble de l’équipe, et notamment pour moi. »

 

« Sa révolte, c’est l’impunité »

La reconstruction passe par la parole mais aussi par la justice. Thierry Michel et Colette Braeckman ont filmé le procès de plusieurs militaires et policiers, accusés de viols. L’avocat de l’un d’entre eux avance cet argument : « La victime dit avoir été forcée à prendre le sexe de l’accusé dans sa bouche. Elle prétend aussi avoir crié. Mais comment quelqu’un peut-il crier avec un sexe dans la bouche ? On ne crie pas par les oreilles. » Ils sont finalement condamnés. Malgré tout, les responsables qui imposent le viol comme une arme de guerre sont peu ou pas condamnés. L’exploitation massive du coltan dans l’Est du pays explique aussi la faible prise de position du gouvernement congolais. C’est pour compenser cela que le docteur Mukwege appelle la communauté internationale à réagir.

 

Ce documentaire est sorti en salles le 17 février 2016. Il est à l’affiche dans 34 villes françaises, et dans plus d’une centaine à travers le monde. Il a d’abord été interdit de diffusion en RDC puis, a été autorisé. La première projection a eu lieu au Centre Wallonie-Bruxelles de Kinshasa en janvier 2016.

A Pessac, il ne manque pas de provoquer des réactions. Le poids des mots, le choc des images suscitent étonnement et dégoût chez les spectateurs. Parfois des pleurs. Certains ont même préféré quitter la salle au milieu du film. Réussir à voir et entendre ce qu’il se passe au Kivu reste une difficulté pour le public.

Mickaël Chailloux et Aurore Richard