Face à Mélenchon, le PCF dans l’impasse

Pierre Laurent, présent à Sciences Po Bordeaux le 24 mars, soutient l’idée d’une primaire à la gauche de la gauche. Parler du programme avant le candidat, martèle-t-il en réponse à la candidature déclarée de Jean-Luc Mélenchon. Dans ce marasme, les militants girondins des deux camps espèrent parvenir à recoller les morceaux.

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Pierre Laurent à Sciences po Bordeaux, le 24 mars 2016.

Jeudi 24 mars, le secrétaire national du Parti Communiste Français, Pierre Laurent, est l’invité de Sciences Po Bordeaux pour l’exercice du Grand Oral Sciences Po/Sud-Ouest. Devant un amphi Montesquieu aux trois-quarts plein, il répond deux heures durant aux questions d’étudiants. Une première pique à Jean-Luc Mélenchon ne se fait pas attendre : « Il ne faut pas être obsédé par la figure du président, fusse-t-il président du Front de Gauche. Je ne crois définitivement pas à l’homme providentiel ». Jefferson Desport, journaliste de Sud-Ouest l’arrête : “Ne vous inquiétez pas, on va y venir à Mélenchon et à 2017, vous aurez tout ce qu’il vous faut”.

C’est une étudiante qui s’en charge, et lui demande si le député européen doit retirer sa candidature pour 2017, déclarée en février. Réponse sans ambages de M. Laurent : « Je souhaite qu’il fasse marche arrière, je crois qu’il faut aller à l’élection avec un programme d’abord, qui soit en rupture avec la politique gouvernementale ».

Le patron du PCF a beau appeler de ses voeux à l’union, la réalité fait mal aux sympathisants de la gauche radicale. Chez les jeunes communistes, on est dépité de voir Mélenchon faire cavalier seul. Lisa Jeanneaud, trésorière de l’Union des Etudiants Communistes de Gironde, explique : « C’est une candidature sortie de nulle part, sans aucune concertation. Avant de soutenir un candidat, il faut s’entendre sur un programme, non ? « . Le responsable de la formation, Thomas Colinet, renchérit : « Mélenchon n’a pour l’instant pas d’autre programme que lui-même ! « . Le reproche fait à l’ex-ministre de Jospin est toujours le même. Un gros ego, une conduite autoritaire et l’autocertitude d’être « l’homme de la situation ».

Cette scission entre communistes et Parti de Gauche crée un malaise dans le rang des militants girondins, qui ont jusqu’ici mieux fait vivre le Front de Gauche que dans d’autres régions. Aux dernières départementales et régionales, une liste commune avait réussi à s’imposer, contrairement à certaines régions, où le PG était parti avec les écologistes et le PCF seul. “En Gironde, on s’entend généralement plutôt bien entre militants communistes, du PG et d’Ensemble”, souligne Thomas Colinet.

« La primaire, c’est la galère »

Pour sortir de l’impasse, Pierre Laurent a un plan, et cela ne passe pas par sa propre candidature. Face aux étudiants de l’IEP, il se montre optimiste, voire idéaliste. « Ma priorité n’est pas d’ajouter des noms à la liste de candidats de gauche, il y a en a déjà trop. Nous pensons qu’il vaut mieux avoir une candidature de rassemblement qui puisse avoir des chances d’aller au second tour ». Pour cela, le PCF est favorable à une primaire, en apparence du moins. Lisa Jeanneaud fronce les sourcils : « La primaire, c’est la galère, il y a une grosse discussion ». Thomas Colinet renchérit : « En l’état actuel des choses, la primaire ne convient à personne. Si c’est pour avoir une Martine Aubry qui veut se refaire une virginité de gauche, c’est non ».

Thomas Colinet et Lisa Jeanneaud, membres des Jeunes Communistes de Gironde.
Thomas Colinet et Lisa Jeanneaud, membres des Jeunes Communistes de Gironde.

Candidat de rassemblement, c’est justement ce que prétend être Mélenchon. « Jean-Luc est donné à 15% dans les sondages, à égalité ou au-dessus du candidat PS. A gauche, personne d’autre que lui n’en est capable », explique Adrien Rayssac, le jeune responsable départemental du PG Gironde. Il est catégorique : « Sa candidature est pragmatique, c’est la seule raisonnable ». Cette semaine, une pétition émanant de militants communistes a appelé à soutenir Mélenchon, ce qui fait dire au jeune étudiant à Sciences Po Bordeaux que « le PCF reviendra vers lui, tôt ou tard, car ils n’auront pas d’autre choix que de se ranger ».

L’aura du tribun qui avait fait une campagne remarquée il y a quatre ans est un atout, et les communistes préféreraient l’avoir avec eux plutôt que contre. « J’ose espérer qu’il y a encore un moyen de discuter avec lui », soupire Thomas Colinet. Mais s’il s’entête, et que le processus de primaires s’enlise, le rapport de force risque bien de basculer en sa faveur. Les jeunes communistes estiment qu’à la fin du mouvement social, qui les mobilise actuellement contre la loi El Khomri, il sera temps de se tourner vers l’élection présidentielle. Avec Mélenchon ? « Soutenir Jean-Luc Mélenchon est une solution parmi un panel de mauvaises solutions », explique le jeune homme. Mais elle reste crédible.

Gaétan Trillat