Jérôme Adam : « les handicapés ne doivent pas s’autocensurer »

Bordeaux accueille les 25 et 26 mars prochain le 9ème championnat du monde des métiers des personnes handicapées. L’occasion pour Imprimatur de mettre en lumière des trajectoires de vie souvent invisibles.

Jérôme Adam a perdu la vue à l'âge de 15 ans. Aujourd'hui, il est à la tête d'une société de production de web-séries.
Jérôme Adam a perdu la vue à l’âge de 15 ans. Aujourd’hui, il est à la tête d’une société de production de web-séries.

21 % des personnes handicapées en situation de travailler sont au chômage. Jérôme Adam lui, a donc préféré créer et diriger sa propre entreprise malgré sa cécité. Entretien avec un entrepreneur indifférent aux préjugés.

Vous êtes patron de trois entreprises, deux dans le développement numérique, une autre dans la production. Pourquoi avoir choisi l’entrepreneuriat ?

Quand on créé sa boite, on ne dépend que de soi. On est libre de se planter, mais on est aussi libre de prendre les décisions que l’on veut. Je suis indépendant et autonome, personne n’est ici pour me dire « toi l’aveugle, on se fiche de ton avis ». Le handicap visuel permet aussi de développer des qualités indispensables au manager et qui sont peut-être plus développées chez moi que chez des personnes sans handicaps. Je pense à l’intuition mais aussi à l’écoute. Finalement, ce que les autres voient chez moi comme une faiblesse, je le transforme en véritable atout. 

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Avez-vous rencontré des difficultés propres à votre situation de handicap lorsque vous avez débuté dans l’entrepreneuriat ?

Le problème le plus important pour un handicapé qui veut monter sa boîte, c’est le regard des autres. Le regard des banquiers et des assureurs d’abord, qui ne vous font pas du tout confiance. Alors il faut se battre. Le regard des personnes que vous allez démarcher aussi. Pour tous ces gens, je suis seulement un handicapé. J’ai donc proposé des produits technologiques innovants pour des personnes handicapées, avec mon ressenti d’handicapé. Il n’y avait pas d’idéologie revendicatrice derrière, c’était le seul moyen pour moi de faire fonctionner mon entreprise. Je n’ai jamais réussi à sortir de cette case, alors au bout d’un moment je me suis dit, quitte à me mettre dans une case, je préfère m’y mettre moi-même. Pour avoir le dernier mot. Depuis, je gère une boîte qui produit des web-séries sur le handicap et la discrimination et je suis à fond dedans.

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Vous dîtes vouloir combattre la discrimination. Êtes-vous sensibles au recrutement de personnes handicapées au sein dans votre entreprise ?

Je pense que je suis plus ouvert, que j’ai moins d’appréhensions qu’une personne qui ne connaît pas le handicap. Après, est-ce que je recrute un futur employé parce qu’il est en situation de handicap? Non pas forcément. La discrimination, je lui ris au nez. Alors faire de la discrimination positive pour faire de la discrimination positive, ce n’est pas mon truc. 

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Vous êtes moins de 3% en France à être chef d’entreprise en situation de handicap. Que vous inspire ce chiffre ?

Beaucoup trop de gens font l’amalgame entre « handicap » et « incapacité ». Un chef d’entreprise c’est quelqu’un de fort, courageux, capable de tenir le navire à flot. Il est vrai aussi que la société exclut les handicapés de la formation scolaire et professionnelle. Pour la plupart des gens, une personne handicapée est simplement faible et non qualifiée. Impossible donc pour eux de diriger.

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Que faire pour combattre ces préjugés ?

Déjà, il ne faut pas que les personnes handicapées s’autocensurent. Ne pas se dire « moi je ne peux pas faire d’étude », « ce n’est pas pour moi », « je n’arrive même pas à trouver un travail, alors devenir patron… ». Si on s’autocensure, on abandonne avant même d’avoir commencé le combat contre la discrimination et les préjugés.

Les chiffres ont été obtenus par des études menées par l’Agefiph

Anaïs Moran