Les femmes à poils

De Miley Cyrus à Madonna, en passant par madame tout le monde, certaines femmes ne s’épilent plus. Sur les réseaux sociaux, une nouvelle vague de féminisme revendique la pilosité des femmes comme étant quelque chose de normal. Et si, au-delà de la revendication cela devenait une mode ?

Ni artiste, ni activiste, ni « fashionista », à 24 ans Melissa Genevois ne s’épile plus depuis un bon moment, et ça se voit.

Mélissa Genevois ne s'épile plus depuis bien longtemps.

« Je vois bien que dans la rue certains passants me regardent de travers. Ma mère m’a souvent expliqué qu’avec une jolie jupe on doit se raser les jambes. Mais je ne comprends pas cette injonction : ‘on doit se raser !’ Ah oui, mais pourquoi, et surtout pour qui ? » s’offusque la jeune femme. Pour elle, c’est avant tout une question de choix personnel : « Je pense que nous devons apprendre à nous accepter comme nous sommes. Si une femme préfère s’épiler, elle a ses raisons. Mais moi, je dis simplement que suis née poilue et que ça me va très bien comme ça. « 

Le féminisme se situe dans la tête plutôt que sous les aisselles

En Chine, la pilosité est un acte politique. Des femmes se laissent pousser les poils pour dénoncer les critères esthétiques d’une société machiste. Mais pour Mélissa, si les poils ne la dérangent pas, elle se dit en revanche moins à l’aise avec l’idée d’un mouvement de féministes poilues : « Les Femen revendiquent – à leur manière – des idées féministes;  or pour la plupart elles sont rasées. On peut être féministe tout en étant maquillée, épilée de près, et en portant des talons de 15 centimètres. Tout comme on peut avoir les pattes velues, les cheveux courts, et ne revendiquer rien de plus qu’une flemme de s’épiler ou de se coiffer.« 

Pour le sociologue Arnaud Alessandrin, plusieurs mouvements se distinguent parmi ces « femmes à poils »: « Il y a des féministes qui veulent se rapproprier leurs corps  en rejetant certains critères esthétiques imposés par la société. Il y a un autre mouvement, né de l’anticapitalisme, qui considère que les normes liées à l’apparence sont non seulement patriarcales mais  poussent, en plus, à la consommation ». Le sociologue explique que certaines de ces femmes « perçoivent la pilosité comme un retour à la nature et un refus de la consommation ». Le dernier mouvement renvoie à un corps sans honte, qui n’a pas peur de ses imperfections: « Par exemple ce serait un corps qui assume ses rondeurs et qui refuse d’être jugé selon des normes esthétiques. » Arnaud Alessandrin assure qu’il n’y a plus besoin du féminisme traditionnel pour cela. C’est un discours qui permet une appropriation de son propre corps. Ce serait une forme de « pop féminisme », un féminisme qui se vit singulièrement, et qui s’émancipe du féminisme théorique ou militant.

Un poil à la mode 

D’ailleurs, quand Miley Cyrus ou Madonna s’affichent en femmes poilues, il semble que c’est plus pour cultiver une forme d’originalité que pour faire passer un message. Avec  l’arrivée des beaux jours, nous pouvons d’ores et déjà lire dans la presse féminine les recettes pour être belle dans sa petite robe. Régime, maquillage d’été, et surtout épilation à la cire ou au laser, tous les conseils beauté sont bons pour vendre du papier. Et pourtant ! Certaines femmes jouent de leur pilosité afin d’en faire une tendance. Cette « mode des poils », Mélissa ne trouve ça ni beau, ni laid. Elle reconnait volontiers que, comme pour les cheveux, se teindre les poils peut-être une question de look. Mais si elle ne l’a jamais fait, c’est pour la même raison qui fait qu’elle ne s’épile pas : « Je n’ai ni le temps, ni l’envie de m’occuper de mes histoires de poils. D’ailleurs, ça fait si longtemps que je ne m’en occupe plus, que plutôt que les colorer je pourrais même en faire des dreadlocks. » ironise la jeune femme.

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Camille Humbert