Le Courrier du Vietnam : dernier bastion de la francophonie

A l’occasion de la semaine de la Francophonie, Imprimatur vous fait voyager sur les cinq continents, du lundi au vendredi, à la rencontre de nos voisins francophones. Au programme : reportages et découvertes de ces communautés qui font la richesse de notre langue. 

On poursuit notre voyage au Vietnam. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le dragon d’Asie du Sud-Est fait bien partie de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Le Courrier du Vietnam, unique journal francophone du pays, est un des derniers représentants de la francophonie dans cette ancienne colonie française.

 

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Au neuvième étage d’un immeuble moderne situé au 79 Ly Thuong Kiet, au cœur de la capitale vietnamienne, le français est maître. C’est dans ce quartier économique d’Hanoi que Le Courrier du Vietnam a décidé d’installer son open space. Ici, une équipe entièrement féminine s’attèle à la rédaction d’un hebdomadaire d’une soixantaine de pages et de son site internet, exclusivement en français. Sur le papier, des articles traitant de sujets de société, du tourisme, d’économie ou encore de culture. « Certains Vietnamiens de plus de 70 ans sont encore capables de converser dans cette langue et ont plaisir à le faire lorsque l’occasion se présente » se rappelle Angélique. Cette Suissesse de 28 ans de retour d’Hanoi depuis quelques mois, a effectué un volontariat d’un an au Courrier du Vietnam.

Un ambassadeur de la langue française

Si l’OIF recensait plus de 620 000 francophones en 2010 au Vietnam, les chiffres restent variables à ce sujet. Une chose est sûre : le français n’est plus la langue de communication, comme il pouvait l’être avant 1954 et la fin de l’Indochine française. Dans ce pays à la population très jeune, les francophones aux voix mûres sont de moins en moins présents.

Tous les jeudis, les 5 500 exemplaires de l’hebdomadaire sont vendus dans des petits stands sur les bords des routes ou par des vendeurs ambulants. Fondé en 1964, le journal doit sa prospérité à l’Organisation Internationale de la Francophonie.

Dans un pays où les médias sont contrôlés et la liberté de la presse souvent bafouée, l’OIF apporte un réel soutien financier à l’hebdomadaire. L’institution envoie également chaque année un volontaire francophone gonfler les rangs de la rédaction.

En novembre 2014, Angélique, 26 ans, quittait ses montagnes suisses pour rejoindre la fourmilière hanoïenne. Son diplôme de journaliste en poche, la jeune blonde a rejoint le programme de volontariat de l’Organisation International de la Francophonie, pour travailler une année au Courrier du Vietnam, en tant qu’assistante de rédaction. « Le seul poste qui correspondait à ma formation et à mes compétences, donc dans le domaine du journalisme, était celui proposé par Le Courrier du Vietnam… Je n’ai donc pas vraiment choisi ce média, mais la perspective d’y travailler m’a toutefois attirée » se rappelle l’ancienne expatriée.

Son travail consistait alors à corriger les articles rédigés par ses collègues vietnamiennes et les rendre lisibles aux francophones. Trois Français, employés à plein temps par le journal occupaient également ce poste.

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Pour son dernier jour, Angélique avait revêtu un ao dai, tenue traditionnelle des Vietnamiennes.

La tâche n’est pas tous les jours facile pour les correcteurs. Et ce ne sont pas les méthodes de travail de l’hebdomadaire qui facilitent la rédaction des articles. Pour chaque publication, c’est un nouveau parcours du combattant qui commence. Car c’est l’Agence Vietnamienne d’Information, dépendant directement du ministère de la culture et de l’information, qui fournit les sujets à la rédaction. Un moyen assez efficace pour contrôler le contenu de l’hebdomadaire. Les rédactrices du Courrier du Vietnam n’ont ensuite qu’à traduire les articles et à les transmettre aux correcteurs francophones, avant la publication finale.

Le géant anglais

Les employées du journal ont pour la plupart été scolarisées dans des filières bilingues. Près de 500 classes de ce type sont aujourd’hui présentes à travers le pays, sans parler des universités qui enseignent le français. « Pourtant il existe toujours un certain nombre de francophones et de francophiles. Dans sa politique extérieure, le Vietnam s’engage à maintenir et développe l’enseignement du français » explique Vi Doan, rédactrice en chef adjointe du Courrier du Vietnam.

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Nichée dans une ruelle de la capitale vietnamienne, la librairie française reste un lieu privilégié pour les amateurs de littérature.

Comme c’est le cas dans de nombreux pays, le Vietnam n’échappe pas au raz-de-marée anglais. Dans les principales villes du pays, des écoles privées proposent des cours d’initiation à la langue de Shakespeare, à chaque coin de rue. Auprès des enfants, mais aussi des adultes, ces institutions connaissent un réel succès, pour le plus grand plaisir des expatriés anglophones, venus construire une nouvelle vie en Asie. « Le français est perçu comme une langue d’excellence, qui ajoutée à l’anglais, peut faire la différence sur le marché du travail, notamment dans le secteur touristique. Les pays asiatiques ont aussi de plus en plus d’ambitions sur le marché africain, les collaborateurs francophones sont très recherchés par certaines entreprises. Le français étant parlé dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest » explique Angélique.

Même si le français tend à disparaître, il n’est pas rare de croiser au détour d’une rue vietnamienne des vestiges linguistiques de la période coloniale française. Vous prendrez par exemple volontiers un « gato » au « socola » ou irez faire réparer votre voiture au « gara ôtô », avant de faire un saut à la librairie française d’Hanoi.

Blandine Le Page