Le Scroll du jour : séisme politique en Allemagne

Le parti populiste d’extrême droite « Alternative pour l’Allemagne » a réalisé une percée historique dimanche 13 mars, lors des élections régionales outre-Rhin. Certains médias parlent de cauchemar, d’autres essayent de rassurer leur lectorat.


Le Figaro n’y va pas avec le dos de la cuillère. Dans un article publié ce lundi 14 mars, le quotidien parle de « revers historique ». Les élections qui se sont déroulées dimanche dans trois Länder du pays (le Bade-Wurtemberg, la Rhénanie-Palatinat et la Saxe-Anhalt) ont littéralement « tourné au cauchemar » pour Angela Merkel, qui doit, aujourd’hui, faire face à un « séisme » d’une ampleur inégalée.

Le diable s’habille en… Frauke Petry

À la tête de ce tremblement de terre d’amplitude allemande : une femme. C’est Frauke Petry, ou comme l’ont surnommée Les Echos « la cousine germaine de Marine Le Pen ». Une comparaison qui semble loin d’être au goût de l’intéressée. Frauke Petry juge le Front National « trop à gauche ». « On aura tout vu », conclut sarcastiquement le quotidien économique. 

À L’Obs, même son de cloche. Le journal consacre un long portrait à celle qu’il qualifie de « pyromane anti-Merkel à la silhouette d’adolescente et aux faux-airs de Jeanne D’arc ». Tout est dit. À l’étranger, comme en France, l’arrivée de Frauke Petry ne fait pas l’unanimité. 

La Belgique n’est pas en reste. Le quotidien national Le Soir adopte un ton des plus moralisateurs. Il faut « garder son calme, pousser aux solutions démocratiques et lutter contre le retour des vieux démons européens ». Pour le journal belge « le diable est ressorti de sa boîte ». Le mois dernier, c’est le Spiegel qui en a fait sa Une, avec une photo de Frauke Petry en contre-plongée sur fond d’architecture du 3e Reich. En titre de l’hebdomadaire allemand : « Les Prédicateurs de haine ». Un montage qui fait froid dans le dos.

 

Une victoire à relativiser

Chair de poule et sang glacé du côté de Médiapart. Mais là, pas pour les mêmes raisons. Si cette percée nationaliste les effraye, c’est parce qu’elle a lieu en Allemagne, un pays « qui avait réussi de manière exemplaire à se défaire de ses terribles démons », rappelle Victor Rayoli, bloggueur pour le pure-player. 

Invité au micro de Jean-Pierre Elkabbach, sur Europe 1 ce matin, Nikolaus Meyer-Landrut, l’ambassadeur de l’Allemagne en France, a tenu, quant à lui, à rassurer les auditeurs français. « C’est une secousse importante du système. La montée du mouvement populiste est préoccupante mais il faut voir aussi qu’ils répondent à des peurs et n’apportent pas de solutions ». Pas question de céder à la panique.


Elections en Allemagne : « C’est préoccupant… par Europe1fr

Des propos rejoints par Le Point qui tient, dans un article publié aujourd’hui, à relativiser le succès de Frauke Petry. Le pouvoir d’Angela Merkel n’est pas remis en cause. « Même si les attaques au sein de son parti et surtout en provenance de la CSU bavaroise risquent de redoubler, la position de la chancelière n’est pas menacée », souligne Pascale Hugues, journaliste à l’hebdomadaire. Ne pas succomber à la panique tout en alertant des risques de la montée du parti frontiste en Allemagne, tel est donc le difficile équilibre auquel les médias essayent de se tenir. 

Valentin Etancelin