Le bilan compliqué de Frédéric Thiriez

Le président de la Ligue de football professionnel a annoncé la semaine dernière qu’il quitterait son poste en fin d’année, au terme de son mandat qu’il a entamé en 2002. Un départ qui fera sans doute plus d’heureux que de déçus dans le monde du football français. Retour sur les principales polémiques qui ont émaillé la présidence de « Moustache ».

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2006-2013 : « Une seule solution : la répression »

Durant ses premiers mandats, Frédéric Thiriez se contente de se mettre à dos les associations de supporters ultras. En décembre 2006, il affirme, dans un entretien au Figaro, vouloir mettre « les hooligans dehors ». Jusqu’ici tout va bien. Mais beaucoup y perçoivent rapidement un fâcheux amalgame entre hooligans et ultras.
Leurs craintes sont confirmées lorsqu’est créée, en 2009, la Division nationale de lutte contre le hooliganisme, un service de police spécialisé sur la question. Le président de la LFP s’en félicite, se réjouissant notamment de la « généralisation des interdictions de stade ». Les associations de supporters s’élevent contre cette politique qu’ils jugent trop répressive. Au Paris Saint-Germain, le plan Leproux, qui reçoit le plein soutien de la Ligue, est accusé de sanctionner un grand nombre de supporters à cause des violences de quelques-uns.
En novembre 2013, « Moustache », comme il est rapidement surnommé par les supporters, va plus loin. Après des incidents entre supporters stéphanois et niçois ayant fait plusieurs blessés, il publie un communiqué cinglant. « Ces quelques crétins qui s’intitulent supporters ne se rendent même pas compte qu’ils ruinent l’image du football. Une seule solution : la répression ».
Les groupes ultras, qui réclament au contraire plus de dialogue avec les instances du football français, se souviendront de ces déclarations successives, et répliqueront par de multiples banderoles moqueuses.

Début 2014 : premier accrochage avec les clubs

L’AS Monaco évolue dans le championnat de France, mais son siège social est situé dans la principauté. Pas acceptable pour les dirigeants du football français, puisque le club du Rocher bénéficie ainsi de privilèges fiscaux. Après plusieurs mois de tractations, Frédéric Thiriez conclut un accord financier avec le club monégasque. Ce dernier est autorisé à rester domicilié en principauté, en échange d’une grosse compensation financière. Une situation rapidement dénoncée par ses concurrents en championnat de France. Sept d’entre eux déposent un recours. Le Conseil d’État leur donnera raison.

Été 2014 : « À Luzenac, rien n’a été fait »

C’est, pour un bon nombre d’amateurs de football, l’affaire qui fait définitivement passer « Moustache » du côté des méchants. Le village de Luzenac, moins de 600 habitants, a terminé premier du championnat de National. Il va monter en Ligue 2 et découvrir le monde professionnel. Un authentique exploit. Mais la LFP en décide autrement. Parce que son stade n’est pas conforme aux normes exigées à ce niveau, l’accession est refusée au petit club pyrénéen. De recours en recours, l’affaire s’enlise jusqu’en septembre. Alors que la saison est déjà largement commencée, l’équipe n’est engagée dans aucun championnat. Le dernier recours lui est défavorable. Luzenac est finalement rayé de la carte du football français, et doit repartir en Division d’honneur régionale, le septième échelon national. La belle histoire s’arrête prématurément, provoquant une pluie de critiques à l’encontre de Frédéric Thiriez, accusé de vouloir faire du football professionnel un monde de plus en plus fermé. Même le gouvernement s’en mêle.

Octobre 2014 : « Je suis vraiment désolé pour ce très mauvais arbitrage »

Frédéric Thiriez pris en flagrant délit par les caméras de Canal +

L’année 2014 est décidément bien compliquée pour la président de la LFP. Au terme du match Lens – Paris-SG (1-3), il est filmé par les caméras de Canal+ en train de présenter ses excuses au président du club de la capitale, Nasser Al-Khelaïfi. La polémique enfle rapidement. Pour l’éteindre, Frédéric Thiriez se contente d’indiquer qu’il s’est également excusé auprès du président lensois, Gervais Martel. Pas très convaincant pour la plupart des observateurs.

Avril 2015 : un problème avec les Corses ?

Samedi 11 avril 2015, finale de la Coupe de la Ligue. Le Paris Saint-Germain affronte Bastia. Le protocole veut que le président de la LFP descende serrer la main des joueurs des deux équipes avant le coup d’envoi. Mais cette année, Frédéric Thiriez s’abstient. Un acte qui déclenche la furie des joueurs et des dirigeants bastiais, dont la relation avec la Ligue est déjà plutôt compliquée. « Il est raciste ! Raciste anti-corse, il l’a montré hier soir », affirme Pierre-Marie Geronimi, qui réclame sa démission au micro de RMC Sport. La réponse de l’intéressé arrive quelques jours plus tard : il a subi des menaces de mort peu avant la rencontre.

Juillet 2015 – février 2016 : « Sécuriser un peu plus les clubs de Ligue 1 »

On sait depuis longtemps Frédéric Thiriez favorable à un championnat de Ligue 1 de plus en plus exclusif, « à l’américaine ». Le 9 juillet 2015, le président de la LFP décide de transformer ses paroles en actes. Le règlement des compétitions est modifié pour faire passer le nombre d’accessions et de relégations entre Ligue 1 et Ligue 2 à deux, au lieu de trois.
Comme on pouvait s’y attendre, les clubs de Ligue 2 contestent la décision. Ce qui est plus surprenant, c’est que la Fédération française de football (FFF) s’associe à eux pour saisir le conseil d’État. S’engage alors un bras de fer entre les présidents des deux institutions, Frédéric Thiriez, soutenu par la majorité des clubs de Ligue 1, et Noël Le Graët, qui a l’appui de l’étage inférieur.
Le 3 février 2016, le Conseil d’État décide de donner raison au second, et de maintenir le principe des trois montées et trois descentes. Un nouveau coup dur pour Frédéric Thiriez, probablement le dernier d’une présidence décidément mouvementée.

Antoine Le Goff