60 ans d’actions et un futur encore bien chargé

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La soirée réunion-débat s’est tenue au Hâ 32 au 32 rue du Hâ. ©Clara Delente

Le 8 mars, le planning familial a fêté son 60ème anniversaire. 60 années de combats souvent victorieux, mais tant d’autres restent à poursuivre ou à initier. Retour en 9 points sur la situation en Gironde débattue lors d’une soirée organisée par le Planning familial 33 sur le thème de la contraception et de l’IVG.

La contraception pour tous
L’un des combats les plus ardus du planning familial de Bordeaux est de permettre l’accès à la contraception pour tous. L’association a porté devant la justice cette année les agissements d’un pharmacien de la commune de Sallebœuf qui refuse de fournir à ses clientes leur pilule contraceptive. Déjà condamné en 1996 à une amende de 1000 francs pour de tels faits, le pharmacien, joint par téléphone, affirme le contraire et déclare qu’il est possible d’obtenir le médicament si la cliente lui demande de passer commande. Une affaire épineuse qui met les habitantes de cette commune dans une impasse contraceptive.

Une meilleure formation à l’IVG
La clause de conscience en cas de demande d’IVG préoccupe également beaucoup les femmes. Par ce moyen, le médecin se réserve le droit d’accéder ou non à la requête de la patiente. Un obstacle supplémentaire pour des femmes souvent dans la détresse. Mais la médecin, Hélène Cesbron, présente hier à la soirée, soutient l’idée qu’on ne « peut pas supprimer la clause de conscience. Il faut plutôt éduquer les médecins en devenir en les initiant à la pratique de l’IVG pour qu’ils puissent se rendre compte que l’avortement n’est pas un acte mortel. Actuellement, en école de médecine, une seule heure de cours est consacrée à ce thème ». Surtout que jusqu’ici, les gynécologues ne sont pas ceux qui effectuent le plus d’avortement, ce sont plutôt les médecins généralistes.

Un service difficilement accessible
Alors que les besoins en IVG ne baissent pas, beaucoup d’hôpitaux de proximité sont contraints de fermer partiellement ou entièrement par faute de moyens humains et financiers. Les services publics de santé sont regroupés dans des centres de soins de plus grande envergure en zone urbaine. Un isolement qui est fatal pour des personnes vivant en zone rurale et étant souvent fortement exposées à une certaine misère sociale. Mais ce phénomène touche aussi les zones très urbanisées. Selon Hélène Cesbron, dans les hôpitaux de Bordeaux, le centre d’orthogénie est passé de 20 lits pour pratiquer des IVG à 10 en quelques années seulement. Mais ce chiffre est contesté par le docteur Sandrine Frantz, docteur responsable du centre. D’après elle, « il n’y a jamais eu 20 lits dans ce centre car il n’y a jamais eu une si forte demande d’IVG. Depuis 2005, pour réaliser des IVG hors établissement, nous avons refait un centre à Pellegrin avec 10 lits par jour, en plus des 12 déjà présents à Saint-André ».

Un choix lourd à prendre
Très régulièrement, les femmes n’ont pas vraiment le choix de l’intervention. Lorsqu’il s’agit de mineures, ce sont les parents qui l’imposent, même si la jeune fille peut venir sans eux aux consultations et au moment de l’intervention. Mais il est difficile d’affronter une telle épreuve seule. Les centres de planification ne sont pas suffisamment bien équipés et ne disposent pas de tous les moyens possibles. Ils sont soit pourvus de l’intervention médicamenteuse, soit de l’intervention chirurgicale, rarement des deux. Cela s’explique par le manque de moyens octroyés à ce service de santé.

« Actuellement, en école de médecine, une seule heure de cours est consacrée à l’IVG »

Les sages-femmes aussi compétentes
Heureusement, depuis 2 ans, les sages-femmes peuvent aussi pratiquer l’IVG. Une avancée importante qui a permis d’élargir l’accès à l’IVG. Mais seulement les sages-femmes les plus récemment diplômées sont aptes à le pratiquer. Car les autres manquent souvent de formation et les plus anciennes à exercer n’ont pas le temps de s’y intéresser.

Un manque de soutien de la mairie
Le planning familial de Gironde lutte également contre le manque de soutien de la ville de Bordeaux à son égard. La mairie ne subventionne qu’à hauteur de 2000€ par an l’association et, contrairement à ce qui se fait dans la majeure partie des communes, elle n’héberge pas ses locaux. Une charge financière importante qui entrave l’activité du planning familial 33.

Vers un choix multiple de contraceptions
Suite au scandale de l’AVC (accident vasculaire cérébral) de la Bordelaise, Marion Larat, à cause de la prise d’une pilule de troisième génération, l’association milite aussi pour la prise d’autres moyens de contraceptions. Oublié pendant de nombreuses années mais fortement développé outre-Manche, le stérilet est un moyen plus fiable pour Nicole Blet, une des militantes du planning familial. Elle ose même espérer voir la démocratisation de la pilule contraceptive masculine.

Sensibiliser dès le plus jeune âge
Pour le planning familial, il est essentiel de développer les interventions auprès des écoles républicaines pour éduquer les enfants dès le plus jeune âge afin qu’ils acquièrent un comportement plus responsable, plus rapidement. Selon les chiffres du ministère de l’Éducation nationale du début d’année, 300 des 1500 postes de médecins scolaires sont vacants et beaucoup d’autres le seront bientôt à cause des départs en retraite. Un déficit contre lequel le planning familial veut militer en alertant sur la situation. Car sans ces médecins scolaires l’éducation sexuelle et la sensibilisation à la contraception et à l’avortement seront des batailles plus difficiles à mener.

Gérémy Charrier