Rap, justice et politique : pourquoi ça clash ?

Le 5 février dernier, trois rappeurs du groupe béglois « Gotham City Gang » ont été condamnés par le Tribunal de Grande Instance de Bordeaux pour incitation à la violence. L’occasion de s’interroger sur deux décennies de conflits musicaux.

Extrait du clip du groupe Gotham City Gang

Vingt ans et plusieurs plusieurs dizaines de procès pour des sons jugés trop violents. Clairement, le rap peut choquer. La preuve : les politiques ont pris l’habitude de porter plainte contre les artistes quand des propos leur semblent injurieux.

Mais que disent exactement ceux qui critiquent le rap et surtout, quoi leur répondre ?

« Le rap est un sous-culture d’analphabète », 2011, Eric Zemmour.

Non,  le rap n’est pas une sous-culture. C’est même l’un des genres musicaux les plus populaires en France. Un exemple ? Maître Gims vend plus d’albums que Francis Cabrel ! Quant à la question de la prétendue inculture des rappeurs… écouter les sons de Lucio Bukowski, qui, dans Le Noble Sentir Octuple, fait en cinq lignes référence à un mythe fondateur de la Grèce Antique, au peintre Georges Rouault et à un opéra de Claudio Monteverdi pour vous faire un avis.

« Les paroles de ces chansons non seulement s’en prennent aux symboles de la République et aux forces de l’ordre, mais aussi donnent souvent une image dégradée de la place de la femme au sein de la société. » Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur, 2013.

Oui, le rap donne souvent une image violente de la société… Car la société est violente. C’est le principe de l »art d’être le reflet de la réalité et ce n’est pas nouveau ! Brassens lui-même chantait Mort aux Vaches, et il paraîtrait même qu’un certain peintre aurait dépeint la guerre… La question de la représentation des femmes dans l’art mérite d’être posée… pour Booba comme pour Patrick Sébastien. L’hyper sexualisation des femmes est une réalité mais le patriarcat est un système qui touche toute la la société !

« Sous couvert de liberté d’expression, certains groupes de musique rap issus de l’immigration se livrent à de véritables appels à la haine raciale et religieuse en proférant des paroles obscènes, racistes et misogynes. » Michel Raison, député UMP, en 2011.

Une déclaration qui mélange tout et qui fait beaucoup de raccourcis. D’abord car elle laisse croire que tout les groupes de raps sont issus de l’immigration et nient la diversité du mouvement hip-hop. Elle laisse surtout entendre qu’il y aurait un lien quelconque entre immigration et appel à la haine. Bref, une grosse bêtise pas vraiment intéressante sinon qu’elle illustre parfaitement les préjugés que peuvent avoir les politiques sur le rap. Ce n’est pas le rap qui serait en cause mais l’image à lequelle certains l’associe, à savoir celle d’une banlieue fantasmé comme ultra-violente. C’est ce que Karim Hammou, historien du rap et auteur  d’Une histoire du rap en France, appel une « vision racialisée du rappeur ».

Clément Pouré